mercredi 15 août 2012

Alexander & Teresa "Un amour de salade de fruits"

Alexander & Teresa
Feuilleton  été 2012
Episode 21
« Un amour de salade de fruits »



Alexander invite Teresa à déjeuner dans son pavillon  en banlieue parisienne  quelques semaines après leur première rencontre. Teresa arrive  avec des fruits  pour en faire une salade en guise de dessert. Tout en préparant cette salade de fruits, elle sent qu’elle  le désire cet homme là. Les échanges sont harmonieux et intenses sur différents thèmes, parmi lesquels  un sujet inattendu qui se révèle  indigeste au cours du repas, le statut matrimonial d’Alexander. Teresa fond en larmes en apprenant qu’Alexander a été marié  ou plus précisément a reçu le sacrement de mariage. Tout cela ne semble pas  convenir à Teresa qui caresse l’espoir d’une alliance  à l’église avec  Alexander dans les meilleurs délais. Elle se jette sur Alexander, la prend dans ses bras et pleure sur son épaule. Elle part chercher du réconfort devant une statue de la  Vierge Marie, dans une chapelle miraculeuse. Séquence émotion.

Un amour  de salade de fruits


Vierge Marie, je suis ici à genoux à vos pieds

Pour éloigner ce péché qui rôde autour de moi.

Chaque pas que je fais est une pensée de lui

Chaque pensée de lui est un pas que je fais

Pour baisser le pont-levis de ma forteresse.

J’ai trouvé son nom dans un livre sacré.

Quand il marche il a l’allure d’un fauve

Son regard est celui du tigre du Bengale.

Il connaît ma forêt, sait de quel bois je  me chauffe.

Il  me regarde suspendue à mes lianes.

Il attend que je tombe,

Quand il rit , cela ne fait aucun doute.

Sur ma poitrine affolée, je croise les deux bras

Ses pupilles pétillent  sur le mode  j’ai envie de toi

Ses yeux  ont du feu, les miens ont de l’essence.

J’ai peur  que tout s’embrase.

Mes oreillers complices me parlent de lui

Ma robe de nuit qui se plisse  pense à lui.

Si je mange son poisson, je vais le dévorer

Je refuse ses dorades épicés et ses mets exotiques

Qui pourraient me réserver des lendemains épiques.

J’ai peur de sentir ses doigts sur mes lèvres

En prenant le temps de déguster ses plats

Il se confie à moi. C’est tout mon corps qui tremble

Mon berger me donnera force et résistance

Car je ressens ses assauts même si il ne bouge point.

En lui pourtant se trouve la croix de fer

Et  il dit  sans sourciller avec une telle foi

Je suis un guerrier du Seigneur, c’est lui qui m’envoie.

Car vous avez, semble-t-il,  besoin de moi.

Mère de Dieu, au fond de moi je voudrais bien avec lui

Commettre ce péché, alors bénissez-le et … pardonnez-nous

Car c’est un amour de salade de fruits  né vers trois heures de l’après-midi.




Alex J. URI

(Paris vendredi 25 novembre 2011)








mardi 14 août 2012

Alexander et Teresa " le chapelet de Bethléem"







Alexander et Teresa
Feuilleton été 2012
Episode 20
Le chapelet de Bethléem

Alexandre avait offert à  Teresa un  des deux chapelets qui lui avaient été achetés dans les lieux saints. Teresa , ne voulant pas être redevable d’Alex lui remit  dans sa boîte à lettres. Alexander était angoissé chaque fois qu’il rentrait chez lui. Il n’osait pas  récupérer son courrier. En  fait, Teresa  ne lui avait rien dit. Elle avait glissé le chapelet dans une enveloppe avec un  message.

Le chapelet de Bethléem


Ma  Sapotille, vous avez fait un long voyage  comme un pèlerinage. C’était comme si, vous et moi,  nous allions à la Mecque. Vous disiez en fait que vous étiez pour moi Jérusalem ouverte. Vous n’avez pas  compris que j’avais déjà pour vous depuis bien longtemps  un chapelet venant de Bethléem. Alors vous comprendrez que les lieux saints ne s’excluent  pas et qu’il est urgent qu’ils deviennent des terres de dialogue, de paix et d’amour.

Quand on se met à genoux  devant la Vierge des apparitions, on ne lui demande pas d’ignorer celui qui vient de Tombouctou  ou je ne sais  de quel lieu aux quatre coins de la planète.
Vous n’allez pas non  plus me dire que depuis l’affaire d’Adam et Eve,  nous ne pouvons plus manger des pommes et encore moins regarder des seins sous peine d’être excommuniés. Vous constatez qu’avec ce délire, les fidèles deviennent en catimini des infidèles et plus tard des déserteurs de l’Eglise.

 Vous ne voulez pas non plus que je vous parle de mes mangues, à vos yeux, trop sensuelles et propices à  des gestes érotiques et même à une forme de  débauche quand je les mange. Depuis quand mordre une mangue savoureuse et juteuse  devant une poitrine bien galbée avec un corsage négligemment ouvert est-il un péché ? Je vous concède que j’ai jeté un coup d’œil sur ces  attributs de votre féminité exotique.  Tour cela a provoqué chez moi un réflexe d’animal affamé mais vous conviendrez  que je ne peux  disposer d’une nourriture qui vous appartient… à l’autre bout de la relation.



Ma Sapotille, il y a bien un temps  pour les prières et un temps pour les caresses. Il y a dans la Bible des chants  quasi-érotiques qui louent les corps  du  bien-aimée et de la bien-aimée. «  Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! » Ce souhait n’a jamais empêché quiconque  de trouver ou de retrouver des chemins qui mènent à Rome ou à  Dieu.
Concernant mes mangues, je vous rappelle qu’il s’agit là  aussi d’une affaire sacrée. Les liens entre Bouddha et les mangues sont connus
Comme je vous l’ai déjà dit, il y a la foi, l’intelligence de la foi et la foi de l’intelligence.

 Parmi  ces rois mages en Galilée, il y avait un  mage noir. C’est lui qui a apporté la myrrhe. Il paraît que cela sert à embaumer les morts et que c’est même un médicament. Même lors de la naissance du Christ, il y avait déjà de la diversité. Prions pour qu’on arrête de mettre  les noirs et les basanés  en ligne de mire.

Ma Sapotille, vous avez fait un long voyage pour remettre une brebis égarée dans le troupeau,
Aujourd’hui, je suis comme enfant  qui, avec sa mère, a fermé les yeux après la communion. Après avoir remercié Dieu, il rouvrit les yeux mais sa mère avait disparu. Il regarda l’autel et  vit le crucifix qui pleurait. Vous n’avez pas compris qu’avant de parler à  Dieu il fallait, comme les mages, trouver  l’enfant que l’on voulait tuer. Balthazar comme les autres savaient que la terre entière avait changé de visage grâce à un enfant. Teresa, vous ferez encore un long voyage comme un pèlerinage pour reprendre la main de  l’enfant  qui vous attend. Vous apprendrez  ainsi à  comprendre  ce petit  enfant là  qui deviendra grand dans le Royaume des Cieux .

@Ma Sapotille. Le chapelet de Bethléem Alex J. URI  2011
(mis à  jour le 14 août 2012)

Alexander et Teresa "le ballet des étoiles"

Alexander & Teresa
Feuilleton été 2012
Episode 19
Le ballet des étoiles

Alexander  revient d’une mission à l’étranger. Il ressent profondément l’absence de Teresa. Alors qu’il s’endort, il a cette sensation de quitter son lit comme un oiseau.

Teresa, Teresa, Ô Teresa,
Je dors seul à des milliers de kilomètres de toi mais mon âme s’échappe par la fenêtre ouverte de  ma chambre pour aller te rejoindre  au clair de lune et te sortir de ton lit. Te voilà partie avec moi et je te ramène près de mon volcan à moi sur mon île qui ressemble à un papillon dans la mer des Caraïbes.
Je t’emmène aux Carbet près de la Soufrière  mais faisons un  petit tour à Capesterre-Belle-Eau. C’est là où je suis né, rappelle –toi,  et où Christophe Colomb a débarqué.
Nous voilà sautillant de roche en roche pour traverser la rivière  et  cueillir des mangues  que j’aime tant. On dit que Bouddha avait reçu de la courtisane d’Ambapali un verger de manguiers pour y méditer et vraisemblablement  pour  gagner aussi sa vie. La mangue a suivi Bouddah un peu partout dans le monde. 
 Les mangues qui se ramollissent   sont charnues et, fermes d’apparence  comme tes seins. Petite morsure, puis  tu fais un suçon,  et la mangue mûre va fondre dans ton palais. Sa chair jaune foncé à un goût de pêche et de fleurs. En la mangeant à deux, tu pourras avec moi lécher le noyau et ensuite  t’occuper de mes lèvres qui te donnent  le frisson. Tout s’arrête d’être en transe autour de nous et l’eau qui coule de la rivière vient couvrir nos ébats. Nous voilà entrelacés sur deux feuilles de bananier. Tu n’es plus aussi obscure que quand tu me parles au téléphone. Tu es libérée de tes contraintes diurnes de l’autre monde qui t’emprisonne. Mes doigts  glissent sur ta peau aussi lisse que  cette mangue que tu tiens des deux mains. Ils finissent par trouver les aisselles qui te chatouillent. Eclats de rire dans cette nuit bleutée .Deux oiseaux nous poussent au chuchotement  avec deux battements d’ailes stressées.
La lune donnait des reflets argentés à l’eau qui jaillissait de la montagne et qui serpentait la vallée. Là haut, au dessus des chutes du Carbet, se trouve la Soufrière. La dernière fois qu’elle s’est fâchée, elle nous a crachoté des cendres. Les gens ont dû fuir de l’autre côté de l’île, plus plat et moins volcanique.
J’habite en amont de cette Grande Rivière. C’est là que je pense à toi  sous les bananiers qui m’abritent. Je me laisse griser par la l’alizé qui sèche à la fois ma sueur et mes larmes. Je sais que tu n’aimes pas que mes yeux soient empreints de tristesse. Comme tu le dis si bien, les prières d’un homme triste ne montent pas au ciel. Et toi, tu comprends un peu  que je brûle d’envie de te prendre dans mes bras ?
Regarde ici autour de nous, tu les as tous conquis. Les bambous se mettent à danser. Les étoiles nous font un véritable ballet dans la voie lactée. Les feuilles du bananier et du cocotier frétillent d’impatience. Le prunier d’Espagne, le mombin fait chalouper les hanches de ses branches  et exhale un parfum qui avec  le rhum nous jettera dans l’ivresse.
Le Carbet est déjà avec les chutes en plein orgasme avec la Soufrière qui s’ouvre au ciel. C’est l’heure de rentrer avant l’aube car les nuits sont courtes.   Nos corps inanimés nous attendent dans nos lits. Ce  fut une belle balade.
31 Mars 2011



lundi 13 août 2012

Alexander et Teresa "Ave Teresa"

Alexander et Teresa
Feuilleton été 2012
Episode 18
« Ave Teresa »

 Elle respirait la sérénité avec une allure athlétique et un visage rappelant ces beautés du temps des Pharaons.  Je la sentais très à l’aise, et même un  peu trop,  dans l’expression de sa foi et dans le suivi liturgique. D’abord impressionnée par sa connaissance des psaumes, je trouvais qu’elle en faisait un usage excessif mais qui ne me dérangeait pas. J’en profitais pour me  mettre à jour. Progressivement, tout ce que j’avais enfoui concernant  ma pratique religieuse d’antan remontait à la surface,  Pater noster, credo, salve Regina, les classiques, Alléluia, Alléluia.

J’éprouvais un grand plaisir à écouter ce que j’appelais ses « homélies » qu’elle me dispensait de sa berceuse près du manguier. Nous faisions un exercice de sublimation dans un hamac  virtuel que nous voudrions  partager. Je ne pensais même pas à la possibilité  d’atteindre cette proie que, bien évidemment, je désirais. Il me paraissait  illusoire de faire comme un chien qui avait  réflexe de Pavlov quand on lui montrait  un os. Au fond de moi, je croyais que le désir que je manifestais à son endroit  était béni.

Je l’écoutais comme un jeune homme bien éduqué, prêt à tous les sacrifices pour un bonheur durable. A l’inverse du mien, son vocabulaire avait plus de racines latines que saxonnes .Il est vrai, j’étais bilingue. Le souci de bien s’exprimer était patent. Une sollicitude pas excessive de la  langue  mais de facto élitiste. Elle affichait un patchwork harmonieux d’intelligence, de connaissances, d’indépendance d’esprit mais elle restait marquée par quelques réflexes néocoloniaux dans ses repères culturels. Je m’amusais à les identifier et m’adonner au jeu de massacre, ébranlant ce qu’elle appelait ses fondamentaux. J’étais persuadé que  nos discussions, si elles étaient filmées et diffusées feraient de l’audience. Elle devait me  prendre pour un abruti mécréant  quand  elle se lançait dans ses développements théologiques et téléologiques. J’étais comme un rocher inondé par sa rivière en crue. J’aimais  cela. J’avançais  dans ses profondeurs. Elle ne savait pas  que mon éducation religieuse avait   été structurée et  dispensée par des vicaires noirs,deux afro-caribéens, mes « oncles. » A l’évêché, j’étais chez moi, chez Tonton Didro. Je précise, les deux ont été nommés évêques.  A partir de ce moment là, je réservais ma confession à  mes « oncles », deux noirs  qui représentaient l’Eglise universelle ! Quelle fierté ! Je ne me sentais plus en Afrique du Sud quand j’allais à la messe.  Bien évidemment, j’imagine que vous avez du mal à me croire. Dans le dictionnaire, cherchez  Mgr Siméon  OUALLY et  Mgr Ernest CABO de Karukera. Oint de la bénédiction, n’hésitons PAS  sur le qualificatif « papale » de mes « oncles », je me  sentais comme un ange un tantinet provocateur face à belle Teresa.


Je l’avais  rencontrée dans une église d’une autre commune que la sienne. Il s’agissait d’un face à face d’une grande intensité. Son regard avait aspiré le mien comme un aimant. J’ai eu la sensation d’être collé à son front avant même de lui serrer la main. Elle avait avec une main très agréable avec des droits allongés de pianiste. Ses mains là, j’imaginais,  pouvaient vous faire des caresses dévastatrices. Elle faisait le signe de la croix avec une certaine grâce. Moi, ma génuflexion, quoique soignée, était celle d’un barbare à convertir d’urgence.  La messe avait déjà commencé quand nos yeux se ont croisés. Elle m’avait donné des indications précises sur  la place qu’elle allait occuper à l’église.



Je lui avais demandé comment elle allait me reconnaître. Réponse incisive m’indiquant que j’étais très présent dans les journaux et qu’en conséquence elle n’aurait aucun mal à m’identifier. J’avais emprunté les  allées pour la voir sur différents angles mais j’ai choisi de m’approcher d’elle  comme un félin. Légèrement en retrait de l’endroit où elle était assise, je l’observai  en silence pendant quelques minutes. Finalement, elle sentit ma présence. Elle se tourna vers moi calmement comme une lionne qui attend, après avoir flairé le tigre.













A la sortie de l’église, je voyais au loin la montagne  et cette forêt  d’arbres exotiques, de quoi m’inspirer au clair de lune :

La forêt

Sur les cimes ombragées cachant nos caresses,
La pleine lune répand sa douce lueur,
Manteau argenté embellissant la noirceur
D’une nuit tropicale riche de promesses.

Ton feuillage s’expose pour être exploré,
S’offrant à mes sens comme une plante grimpante.
Me voilà prisonnier de tes senteurs rampantes,
Tremblant de découvrir une vierge éplorée.

Ô ma déesse aux multiples bras, tu murmures.
La rivière, autour des branches qui m’emmurent,
Rythme ta forêt humide qui ressent ma chaleur.

Elle évapore la rosée de mots, de rêves
Que mes baisers ont toujours fabriquée sans trêve.
De la brume, tu veux réveiller un bonheur.


(Alex J. URI
6 au 9 avril 2012)

dimanche 12 août 2012

Alexander et Teresa "le scandale du berceau"

Alexander et Teresa
Feuilleton été 2012
Episode 17
« Le berceau du scandale »




Alexander lisait un livre que lui avait laissé Teresa avec une citation de Mère Teresa « le manque d’amour est la plus grande pauvreté. »
 Dans certaines familles comme celle de Teresa, il existait des albums photos qu’il vaut mieux ne pas feuilleter.  Certains journaux intimes ne méritaient pas non plus d’être lus à haute voix car leurs contenus risqueraient de provoquer des scandales qui marqueraient des générations.

 Alexander avait été dans des conditions de filiation assez normales. Il avait  connu la douceur d'une famille et la présence d'une grand-mère attentionnée et nourricière. En revanche, le scénario pour Teresa  réservait des épisodes douloureux à rebondissements. Elle avait bien eue une nourrice, celle à qui elle avait été confiée dès son plus jeune âge. Man Rosita, belle et fière négresse de Karukera mais surtout détentrice de secrets sulfureux de famille, était la seule à pouvoir lui raconter l’histoire de sa naissance. Révélations pour Teresa qui voyait changer son décor, le rôle des personnages comme dans un film lors du récit émaillé d’exclamations, de soupirs mais aussi nombreux silences assassins.

Tout commence en général par des infidélités .La mère de Térésa, Elisabeth avait une poitrine généreuse  et une allure féline qui n’ont pas échappé à un médecin concupiscent sous les Tropiques. Le serment d’Hippocrate aidant, il parcourut l’anatomie de Babette et ne pouvait plus s’en séparer. Ce notable de l’île avait trouvé de quoi satisfaire ses pulsions .Elisabeth devint donc sa maîtresse. La rumeur circulait et par la suite elle avait fait  l’objet d’une sorte d’omerta comme dans les villages siciliens. Docteur SAMARI pesait, en effet, de tout son poids   dans sa commune. Il pouvait faire chanter bien des gens notamment ceux qui donnaient du travail. Ces derniers exerçaient une forme de droit de cuissage,  du harcèlement sexuel consenti. Bien évidemment, les femmes noires étaient libres sur le papier et pouvaient disposer de leur corps.
Ainsi  Leur liaison cachée durait depuis 8 ans déjà quand Teresa réussit à venir au monde. Le médecin, donc son père, pratiquait à bout bras des interruptions volontaires de grossesse Avant elle, dans le sein de sa mère, bien d'autres petites âmes avaient été étouffées sans aucune émotion. Aujourd'hui, ayant sauvé sa tête,  Teresa priait souvent pour ces anges frères et sœurs. Elle restait persuadée qu'ils l'assistaient et l'accompagnaient partout.  La décision de sa naissance avait en fait  été "négociée" Elisabeth, lasse de ne pouvoir vivre son amour au grand jour, avait  basculé dans une certaine mélancolie. Docteur SAMARI  avait dû penser qu'un enfant allait la réconforter  et qu’elle aurait du même coup une occupation.  Il a déployé tout un trésor de diplomatie pour l’apaiser. Elle redoutait en effet  que leur relation ne fût révélée par l'arrivée de l'enfant. Enfin,il lui avait même promis de quitter  sa femme, si tel était le cas. Durant les premiers mois, l'existence de Térésa était restée aussi secrète que la liaison de ses parents jusqu'à ce que le scandale éclate et se répande comme une boule puante. Ce jour là, une main bien intentionnée avait, par lettre anonyme, tout rapporté à l'épouse légitime. L'affaire avait fait grand bruit dans la bourgade, quelques personnes s'en souviennent encore. La lettre commençait ainsi : " C'est parce qu'il s'ennuyait en votre garce compagnie qu'il est allé vers elle..."

L'adultère mis au grand jour, Docteur SAMARI  ne quitta ni femme, ni enfants. C'est Elisabeth  qui, un beau jour, prit "le grand oiseau blanc" pour la Métropole. Teresa à 3 ans était laissée aux bons soins de Man Rosita, vieille fille de 40 ans qui passait son temps entre Dieu et le "quimboiseur" faisant les mêmes demandes à l'un comme à l'autre : faire revenir ensemble les "tourtereaux" et "arranger ses affaires". Les robes de Teresa avaient "ciré" bien des bancs, ceux de l'église et des salles d'attente des faiseurs de miracles de toute l'île.

Alors qu'Alexander avait connu l'insouciance d'une enfance à quelques encablures de la plantation, celle de Teresa commençait à quelques encablures d'une société "bien pensante" de l'époque qui ne les avait guère épargnées, sa mère et elle.
 Térésa était "mal née" et son père, le premier homme de sa vie, n'était pas un homme libre.

samedi 11 août 2012

Alexander et Teresa "histoire à bulles'



Histoire à bulles épisode 16



Alexander de retour d’un voyage d’un voyage au Bénin en Afrique, fait les  cent pas  dans l’enceinte de l’habitation  Bois-Couché où il a grandi. L’habitation se trouve à quelques encablures de la plantation.  Alexander s’installe  son bureau en mahogany et écrit une lettre à Teresa.


Teresa,
  Je vais vous raconter une véritable  histoire des Tropiques. Elle est ordinaire comme d’autres histoires ordinaires  mais  ce sont dans ces histoires ordinaires qu’on  enracine  l’extraordinaire. Je suis né ici à Capesterre-Belle-Eau  dans l’île devenue française de la Guadeloupe, dans l’archipel des Caraïbes, un papillon  au milieu du champ d’influences des Amériques. Mon père s’appelait  Raoul, un « genre » de prénom qui résonne et qui fait  un tantinet révolutionnaire. Il a cru en la libre entreprise et est devenu  limonadier. Il s’agit d’une affaire pleine de bulles et  il savait  plus que quiconque  ce que signifiait  l’expression «  il y a de l’eau dans le gaz. » Ma  mère, Mireille était née à la Sainte Cécile, la patronne des musiciens.  Je me demande bien pourquoi  elle n’a pas formé un orchestre  car  elle aimait bien que mon père la fasse chalouper. Je ne  connais pas les détails  mais nous  étions   7 enfants, 4 garçons  et 3 filles. Mireille, c’était la fille d’Emma, une femme d’Afrique, belle et déterminée. Elle savait mettre la main à la pâte. C’était plus qu’un caprice  mais un mode de vie. Je n’allais pas  m’en plaindre car  elle excellait  dans le métier  de pâtissière.

J’étais sur le point d’oublier de vous préciser que  Capesterre-Belle-Eau  était à l’origine Capesterre ( le cap des terres).  Dans ses errances  à la recherche du Nouveau Monde, Christophe Colomb  a débarqué chez moi  exactement à Sainte Marie, tout près des plantations où, quelques siècles plus tard,  mon grand-père Alexis, un homme à cheval, tentait de comprendre  les charmes discrets  du colonialisme. Alexis était un service équestre, officieux,  de l’ Etat civil. Bien évidemment, il y a des gens qui n’ont jamais été déclarés. Pourquoi ? Il tenait tout de même à sa vie le temps d’ensemencer ma grand-mère Eléonor  pour son 9 ème enfant, Raoul .  Vous n’avez pas  compris ? Raoul c’était  mon père ! Grâce à lui, j’étais très connu ou très apprécié. J’avais des limonades fraîches pour mes copains. Une limonade fraîche ou glacée, c’était  un bonheur céleste quand  il faisait 40 degrés à l’ombre  et que vous deveniez plus noir que noir au soleil. Attention, vous voyez les cartes postales mais quand on vous mettait au soleil, cela pouvait  être aussi une punition. Suivez mon regard vers les plantations d’antan.

Paris le 21 juillet 2012
Alex J. URI



Alexander et Teresa "les amours blessées de Teresa"







Les amours blessées de Teresa

Episode 15

Révéler à Alexander les sentiments qu’elle sentait surgir en elle   pour lui, avait dans le même temps réveillé les blessures d'amour de Teresa. Cet amour naissant la mettait, une fois de plus, face à elle-même et à ses vieux démons. Elle avait beau les avoir débusqués et apprivoisés, il s'en fallait bien peu pour qu'ils reprennent leurs masques menaçants, la jetant  dans un certain trouble. Cependant, elle les considérait comme de nécessaires alliés. En effet, ils   l'avaient très tôt, dans sa vie, mené sur des chemins de spiritualité.

Aujourd'hui, Teresa avait, force prières, trouvé équilibre et sérénité mais voilà qu'un Alexander surgissant de nulle part, venait mettre en péril tout cela. Quand il n’était  pas là, ces mots sculptaient votre chair  et  ses poèmes résonnaient dans votre tête. Pourtant, elle sentait qu'il voulait l'accompagner sur des pistes qu’elle avait abandonnées. Il le lui avait dit et déjà démontré. Mais elle savait aussi, pour avoir tenté de les arpenter, que ces chemins allaient la mener tout droit vers ses fragilités, or elle voulait rester forte. Son objectif apparaissait louable et, semble-t-il, empreint de congruence. Cependant, le prix à payer c’était une inflation de son orgueil.

Et puis, cet Alexander l'avait quelque peu décontenancée par son approche purement sensuelle. Il lui clamait haut et fort son désir ardent de la posséder, sans même l'avoir rencontrée. Il avait l’audace de lui dire : « je voudrais vous voir nue. » et elle en restait bouche bée.
De plus,  il terminait souvent ses phrases par « je vous adore. »L'instant de surprise passé, cette démarche avait piqué la curiosité de Teresa. En effet, dans son appétit gourmand de la vie, elle avait vite considéré que ce nouveau "terrain de jeu" était intéressant. C'était en fait, le premier chemin qu’elle n’avait pas encore  exploré mais qu'Alexander lui proposait de parcourir. Alors, elle s'était laissée conter "fleurette érotique" au gré des échanges multiples et variés qu'ils avaient ensemble.  Cette relation, agréable et plaisante, était dénuée de toute obligation, de tout enjeu de quelque sorte que ce soit. Teresa versait volontiers dans "l'insoutenable légèreté de l'être"de Milan Kundera, cela lui convenait parfaitement et correspondait en tout point à sa maturité spirituelle.

Par ailleurs, cet état d'esprit la préservait d'elle-même. Il procurait  une certaine lucidité sur Alexander. Ainsi elle le découvrait lui et son univers, sans aucune appréhension et aussi, sans aucune illusion. Elle ne s'y trompait pas, cet Alexander était entouré et fort bien entouré ! De cela aussi, elle décidait bien vite de faire fi et même d'en tirer un certain parti. Puisqu'il aimait les femmes et qu'il en avait eues, il les connaissait donc et pourrait, de ce fait, lui en apprendre beaucoup plus sur elle-même que bien d'autres.

D'autres, elle en avait connu, pas autant qu'elle l'avait laissé penser à Alexander ou qu'il avait bien voulu le croire. C’était juste assez pour qu'elle sache, aujourd'hui qu'une relation avec un homme ne lui était guère favorable et venait mettre à mal son moi profond. Malgré tout, Alexander s'immisçait doucement dans sa vie et semblait  vouloir prendre place.

Ah non ! Elle n'allait pas se laisser faire ainsi, même s'il la surprenait souvent lorsqu'il lui exprimait avec justesse ce qu'il percevait d'elle, en formulant des souhaits. Il avait deviné qu'elle avait "quelques cordes à son arc" et n'avait cesse de lui demander de bien vouloir les exercer, comme si l'heure avait  enfin sonnée.

Térésa ne se dévoilait pas ou si peu, elle était fort touchée par cet Alexander qui faisait naître en elle un désir profond : celui de se réaliser pleinement pour continuer à être en vérité avec elle-même, avec les autres, et avec Dieu. Teresa priait sans cesse mais elle semblait entendre  les bruits de bottes de cet Alexander qui avançait  pour la conquérir. Elle avait beau le repousser, il revenait avec une tendresse qui vous tétanisait, cette tendresse là vous caressait doucement  le corps  et  par-dessus tout vous apaisait.